Tatoueur confiné : l’encre sur papier

  • Par Lisa Drian
  • 6 avril 2020

Illustration réalisée par © Sylvain Liebart – @silvin_tattoo

Comme beaucoup d’autres artistes, Sylvain a dû arrêter de tatouer pendant le confinement. Cloîtré chez lui, il se fixe des objectifs. Ce temps suspendu lui est presque offert et il compte bien en profiter. Immersion dans le monde du tattoo.

Trois semaines que ses aiguilles n’ont plus été au contact de la peau. Trois semaines que l’encre ne s’y est pas incrustée. Cinq rendez-vous annulés pour le mois de mars, mais aussi une invitation en salon* pour le mois d’avril. En cette période de confinement, c’est le papier que Sylvain remplit chaque jour, à coups de crayon. Quasi quotidiennement, le jeune tatoueur -alias « Silvin tattoo » pour les intimes- poste en story Instagram l’avancée de son travail. Plusieurs fois par semaine, les fans de old school* peuvent découvrir de nouveaux flashs*. Dans sa chambre, des dizaines de croquis sont éparpillés partout. Des idées, des esquisses, de nouveaux motifs que le confinement fait naître. Son repère se situe à Lillers, près de Aire-sur-la-Lys, petite ville du Pas-de-Calais. Sylvain a 24 ans et débute dans le tattoo. « En ce moment, je vis ça comme un stand-by. Le monde est en pause. Je me dis que j’ai énormément de temps, que je peux prendre ce temps. Donc oui forcément j’ai plus d’inspiration, je me pose plus pour chercher des idées, des compos et de la documentation. »

Un objectif précis dans le viseur

Exit l’odeur âcre à la pose du stencil*, les gants en nitrile et le bourdonnement de la machine. Tout passe maintenant par le papier. « Quand le confinement a commencé, j’allais avoir un pic de rendez-vous, je partais sur quelque chose de constant. Et puis mon guest*, à Lille, allait arriver. Finalement tout est tombé à l’eau. Donc je me suis dit, autant voir le bon côté ; j’allais avoir du temps pour dessiner. » Son objectif est précis : remplir son book. Celui qui, à terme, souhaite ouvrir son propre salon a tout prévu : « Mon objectif principal c’est vraiment de travailler mes motifs et avoir des choses à présenter à de potentiels clients, lorsque je pourrais reprendre mon activité. » Alors, tous les jours lors de la première semaine de confinement, il dessine. Toute l’inspi emmagasinée prend forme, doucement. 

Au total, ce sont environ cent flashs, cent motifs qui trouveront leur place en fonction de leur taille dans son classeur A3. Un objectif ambitieux, il le reconnaît, mais qui a du sens : « J’avais fixé la barre assez haut parce que je me cherche encore dans pas mal de dessins, dans pas mal de motifs. Ce n’est pas encore tout à fait instinctif à chaque fois que je dessine. » Son book de flashs, il devait le présenter lors de sa première invitation dans un salon, au CopaBanana Club, du 9 au 11 avril, à Lille. Mais ce n’est que partie remise. Tous les rendez-vous sont pour le moment reportés. Sylvain a d’autres projets en parallèle qu’il avait déjà fait mûrir avant le confinement. C’est maintenant l’occasion de les concrétiser : « J’aimerais faire des planches de flashs inspirés de vinyles que j’ai, ou des albums qui proviennent de la culture punk. »

La documentation, alliée de l’inspiration

Le jeune tatoueur reste néanmoins prudent sur la date à laquelle il pourra enfin ressortir sa machine. Il préfère être lucide au vu de la situation : « Pendant le confinement les gens ne peuvent plus se faire tatouer. En tout cas, les gens qui connaissent le monde du tatouage savent que ça ne sera pas possible avant des semaines voire des mois. C’est pour ça que je ne prends plus de commandes*, si je devais en prendre une, ce serait pour quand ? » Face à l’incertitude des semaines à venir, quand la question de la page blanche lui est posée, Sylvain est catégorique. Pour lui, l’inspiration ou le manque d’inspiration n’ont rien à voir avec cette période. « C’est juste qu’à force de dessiner tu concrétises tes idées et au bout d’un moment… Tu sèches. Donc quand tu n’as plus trop d’inspiration, il faut aller chercher de la documentation, faire des recherches sur des compos, sur des idées » explique-t-il.  En somme, il faut dénicher la bonne idée qui donnera un petit coup de pouce aux futurs motifs. Cette période est pour beaucoup d’artistes l’occasion de se recentrer sur leur travail, mais aussi d’expérimenter. C’est comme cela que Sylvain occupe désormais bon nombre de ses journées. Il faudra donc encore un peu de patience à tous ceux qui avaient prévu de se faire tatouer. Encore un peu de patience avant de pouvoir entonner à nouveau : « Le tatoueur t’a piqué, tu t’es fait tatoué, dans ton sang à jamais, sur ton corps pour l’éternité ! »

  Petit guide pour les non tatoués, encore immaculés : 

–   Old school : Tattoos traditionnels américains, à lignes épaisses avec bien souvent des couleurs et des motifs propres à ce style notamment du milieu marin. (Des bateaux, ou encore des hirondelles.) 
–      Flash : C’est un motif que le tatoueur dessine d’abord pour lui et qu’il propose ensuite aux clients comme modèle. Il a carte blanche pour ses dessins. C’est une incitation à l’intention des clients potentiels à se faire un tatouage. Il s’agit d’un motif prêt à être tatoué.  À différencier de la commande.
–      Stencil : Calque du dessin appliqué sur la peau pour y déposer le motif souhaité avant de se faire tatouer.  C’est ce qui va permettre au tatoueur de réaliser le tatouage.
–    Guest : Un tatoueur est invité dans un salon tenu par un ou des tatoueur.euse.s sur une journée ou plusieurs jours. Cela permet à l’invité de se faire connaître et de programmer tous ses rendez-vous. 
–    Commande : C’est une demande propre de la part du client qui a une idée de ce qu’il veut comme motif. Explications de Sylvain : « un motif de commande, ça prend plus de temps, vu que tu es plus exigeant, parce qu’il faut que ça plaise à quelqu’un. Quand tu fais un flash, ça ne plaît à personne au départ sauf à toi ! Quand tu as une commande, tu n’as pas carte blanche. »

Auteur.e.(s)

  • Aime raconter la scène et ses coulisses, le regard toujours aiguisé sur la société. Après 12 ans sur les planches, ma voix a maintenant trouvé refuge auprès du micro. From NP2C with love.