La débrouille à Melbourne

  • Par Marie Paturel
  • 14 avril 2020
©Emmanuelle-Gênerie-Australie

Illustration réalisée par ©Emmanuelle Gênerie – @guenerieemmanuelle

Double défi pour l’Australie. Après des feux ravageurs en janvier dernier, le pays doit aujourd’hui combattre l’épidémie mondiale de coronavirus. Coline, jeune française de 23 ans installée à Melbourne, raconte la situation sur place. Une situation un peu particulière pour elle en tant qu’expatriée.

En Australie, plus personne ne lâche son masque de protection. Après les incendies historiques qui ont ravagé des millions d’hectares en janvier dernier, le pays fait maintenant face à l’épidémie de coronavirus. « J’ai l’impression qu’on vit un deuxième confinement. Depuis janvier, autour de moi, on avait tous déjà des masques et on avait l’habitude de moins sortir », témoigne Coline, une Française de 23 ans installée à Melbourne, depuis juillet dernier.

Si le pays est relativement épargné par le nombre de décès liés au coronavirus, la situation économique est quant à elle plus qu’instable. Entre l’agriculture perturbée par la série de feux ravageurs du début d’année et la baisse drastique des échanges commerciaux avec la Chine, son principal partenaire, l’Australie cumule les difficultés. Soucieux des répercussions économiques pour son territoire, le Premier ministre Scott Morisson ne préconise pas la fermeture des écoles ou le confinement strict chez soi. Cependant, le gouvernement applique d’autres précautions comme l’interdiction des rassemblements de plus de cent personnes, la fermeture des frontières pendant six mois ou la restriction des voyages à l’étranger. « Finalement, la ville est morte même si techniquement on a encore le droit de sortir. Les business avaient déjà souffert ici mais là c’est la double peine », déplore Coline, sans emploi depuis la fermeture du café où elle était serveuse. 

Rester sur place

« Aujourd’hui, je n’ai plus de revenus et je ne peux pas rentrer en France si facilement. Je n’ai pas les moyens financiers suffisants pour le faire, ni un logement pour me confiner une fois sur place », explique la jeune femme. Avec des parents à Saint-Pierre et Miquelon, territoire d’Outre-mer français situé à proximité des côtes canadiennes, Coline préfère ne pas prendre de risques en effectuant un voyage aussi long et nécessitant plusieurs escales. Bien entourée en Australie, le confinement lui semble plus judicieux. Mais ce choix n’est pas sans conséquences pour l’Australienne de coeur. « Le problème c’est que je bénéficie pour le moment d’un visa vacances-travail qui va expirer en juin. D’ici là je dois réfléchir à d’autres solutions pour rester légalement en Australie. »

Des dispositifs spécifiques pour les expatriés

Ces visas vacances-travail (VVT) permettent à tous les Français de moins de 35 ans de découvrir le pays et d’y étudier ou d’y travailler pendant douze mois maximum. Selon le site de l’ambassade française en Australie, 118 000 personnes bénéficient en ce moment d’un VVT et tous ont reçu le conseil de quitter le territoire pour retourner dans leur pays d’origine. Le 16 mars dernier, le président  Emmanuel Macron précisait que tous les Français présents en dehors des frontières de l’Union Européenne seraient rapatriés. Pour Coline, les dispositifs de rapatriement mis en place ne sont pas si simples. « Le gouvernement propose des vols spéciaux à prix fixes mais qui n’ont pas vocation à durer très longtemps. Tu n’as pas moyen de réserver un billet en avance, c’est annoncé à la dernière minute et c’est un peu le premier arrivé le premier servi. J’espère que ça se débloquera. »

Trouver des alternatives

Si Coline compte sur un déblocage de la situation, plusieurs personnes avec un statut similaire au sien paient des visas étudiants et bénéficient ainsi d’un séjour prolongé et surtout légal sur le sol australien. « Je connais plusieurs personnes qui l’ont fait, ils pourront suivre des cours à distance, seront occupés et surtout certains de rester ici. Mais c’est 600 dollars encore… Moi je vais déjà essayer de donner des cours de français en ligne pour me faire un peu d’argent. Comme pour beaucoup, c’est la débrouille quoi », dédramatise-t-elle. Une chose est sûre… Cette jeune Saint-Pierraise, loin d’avoir les deux pieds attachés, reste optimiste pour continuer d’explorer son nouveau chez soi. 

Auteur.e.(s)

  • Capter les histoires, les sons et les images d’une navigation perpétuelle entre Paris, l’Outre-Mer et le Canada.