Le bio ne connaît pas la crise

  • Par Léa Pernelle
  • 21 avril 2020

Illustration © Marie-Gabrielle Guinot

Farine, viande, fruits et légumes.. Les ventes de produits biologiques grimpent en flèche depuis le début de l’épidémie de coronavirus, allant même jusqu’à doubler selon les points de vente. Comment expliquer ce regain d’intérêt des Français pour le bio ?

Que ce soit dans les grandes surfaces, les épiceries spécialisées ou directement à la ferme, les produits bio ont la cote. Une enquête publiée par le bureau d’études Nielsen début avril révélait une augmentation soudaine des ventes du secteur, juste avant le passage au stade 2 de l’épidémie de coronavirus. Depuis, la demande grimpe, et beaucoup plus que pour les produits non bio. Elle a augmenté par exemple de 45 % dans les petits supermarchés, et jusqu’à 74 % dans les commerces de proximité et dans les drives au cours des deux dernières semaines de mars.

Dans une épicerie Biocoop du 13e arrondissement de Paris ou travaille Marianne, il a fallu engager un vigile pour la première fois afin de réguler les entrées. Elle a assisté à l’arrivée d’une toute nouvelle clientèle : « Beaucoup ne connaissent rien au bio, ils nous posent des questions sur nos aliments, ça fait plaisir ! » Pour elle, le phénomène s’explique par plusieurs facteurs. « Les gens ont déjà plus de temps pour cuisiner. Certains se font plaisir sur d’autres produits que ceux de première nécessité. Ils ont aussi envie de mieux se nourrir et de faire attention à leur santé. On remarque une demande pour des compléments alimentaires, ou du curcuma par exemple, pour booster l’immunité… »

« On a un rôle à jouer pendant la crise »

Mais le bio représente aussi une solution efficace pour parer aux pénuries de certains aliments dans les supermarchés, comme la farine ou la levure. Ici, pas de disputes autour des paquets de pâtes. « Dans notre boutique, on a limité les achats à deux exemplaires par article et par personne sur les produits en tension, explique Marianne. On a donc un magasin très bien achalandé et beaucoup de gens viennent ici car ils savent qu’ils peuvent trouver presque de tout. » Pour assurer le renouvellement des stocks, il a fallu s’approvisionner auprès de petits fournisseurs locaux. « Une coopérative d’Ile-de-France nous a contactés pour nous proposer d’écouler les stocks destinés aux restaurateurs, qui ont bien sûr dû fermer. On a vraiment un rôle à jouer pendant la crise : à la fois pour éviter les ruptures de stocks et sauver les petits producteurs. »

Le cours de certains produits s’est envolé depuis le début de la pandémie, comme pour les oeufs. Pourtant, le prix du bio ne semble pas arrêter les ventes. « On continue d’essayer de réaliser le moins de marge possible pour rompre avec cette idée que le bio est plus cher. On espère ainsi fidéliser nos nouveaux clients grâce à cette politique de prix, même si ce n’est pas toujours possible. »

Deux fois plus de clients 

La hausse de la demande de produits bio concerne aussi les agriculteurs qui proposent la vente de leurs produits à la ferme. Depuis 2011, Marie-Hélène Bardet vend de la viande à des particuliers sur commande dans les Yvelines. Elle propose la viande bovine de son fils, Matthieu Bardet, agriculteur dans l’Orne, ainsi que du porc et de l’agneau pour compléter son offre, avec pour objectif de rétribuer au maximum ses partenaires agriculteurs. « Depuis le Covid, on fait des ventes record ! » Grâce au bouche-à-oreille, sa clientèle a doublé en un mois. Elle propose désormais aux clients qui l’appellent de réserver de la viande pour le mois suivant.

La crise sanitaire a bouleversé ses ventes, mais l’agricultrice a plus d’un tour dans son sac. En plus de la vente à la ferme sur différents sites, comme à Ecquevilly le samedi matin, Mme Bardet propose désormais de livrer ses produits à domicile. Elle se promène dans tout le département à bord de son camion frigorifique, munie d’un masque qu’elle change à la fin de chaque tournée. L’agricultrice en a reçu quelques uns en échange d’une montagne de draps qu’elle a livrés pour coudre des blouses pour le personnel hospitalier de Versailles.

Mais pour elle, ce n’est pas seulement le bio qui attire cette nouvelle clientèle, c’est le mode de vente. Les gens préfèrent éviter de se rendre dans des supermarchés bondés à l’ambiance anxiogène, où les produits sont passés entre les mains de plusieurs intermédiaires. L’épidémie profite à la vente à la ferme, jusque-là restée alternative, et proposée par beaucoup de structures bio.

Reste à savoir si le bio survivra à la crise. Pour Mme Bardet, c’est très probable. « Une fois qu’on a goûté à de la bonne viande à des prix raisonnables, pourquoi retourner à des produits hors de prix ou peu qualitatifs ? »

Le sujet vous intéresse ? Retrouvez le reportage de Solenne Bertrand « Quand le confinement fait le bonheur d’un commerce local »

A la ferme d’Ecquevilly

Auteur.e.(s)

  • Baroudeuse curieuse, je sais siffler, faire du feu et j’ai la solution au conflit israélo-palestinien. Mais personne ne m’écoute.