À Bagneux-la-fosse, l’épicerie du village s’adapte à la crise

  • Par Solenne Bertrand
  • 27 avril 2020

Illustration © Lucie L – @lucielgt

Boutique à gérer, commandes à préparer et livraisons à effectuer. À Bagneux-la fosse dans l’Aube, David Saignier a repris, il y a moins d’un an, la seule épicerie du village. Aujourd’hui, il est sur le front pour approvisionner ses clients.

Le téléphone sonne, le numéro commence. « La boutique d’autrefois bonjour, s’exclame gaiement David au téléphone. Oui, madame dites-moi, c’est pour les crevettes ? Est-ce que je rajoute des moules bio avec ? J’ai rentré du paprika hier, il est à tomber par terre. Vous en voulez ? Je vous note tout ça, et je passe vous livrer dans la semaine ». Depuis mi-mars, entre les coups de fil et l’accueil en boutique, l’épicier de Bagneux-la-fosse n’arrête pas une minute. Pour cause, ses ventes ont augmenté considérablement avec la limitation des déplacements imposée par le gouvernement. Un phénomène auquel ne s’attendait pas David. « Tout le budget prévisionnel qu’on avait établi avec mon comptable pour cette année est fichu, mais ce n’est pas une mauvaise nouvelle », raconte-t-il en souriant. Face à cette hausse des ventes et au contexte sanitaire particulier, l’épicier a fait quelques changements.

Les changements apportés par le confinement

Pour David, qui travaille 7j/7, les journées de travail pendant le confinement commencent toujours de la même façon. Il se lève à 5 h 30 ; se présente chez ses fournisseurs à 7 h ; ferme l’après-midi et rouvre le soir jusqu’à 20 h. Une journée bien remplie, mais David ne montre pas une once de fatigue, il déborde toujours d’énergie et de bons conseils pour ses clients. Pour continuer à les accueillir au cours de la journée tout en respectant les gestes barrières, il a complètement réadapté sa boutique. Un long comptoir a été installé à l’entrée du magasin pour éviter que ses clients ne rentrent se servir. Ce dispositif permet qu’une seule personne à la fois entre dans la boutique. « Les clients ne touchent plus aux produits, c’est moi qui prépare ce qu’ils veulent », explique-t-il. Des commandes ? L’épicier en prend aussi par téléphone et par mail, qu’il livre l’après-midi, entre deux créneaux d’ouverture. Même si un supermarché existe dans la commune d’à côté, à 5 km, les clients n’y vont pas. « C’est quand même pratique de se dire qu’au bout de la rue, on a David, confie une habitante du village. Il nous rend bien service ».

Être à l’écoute du client

Rendre service ? C’est pour cela que David s’est lancé le défi de reprendre l’épicerie. Alors qu’il travaille, depuis quinze ans, dans un laboratoire métallurgique bourguignon, qui a réalisé les torons* de la Grande Arche de Paris, de la centrale nucléaire de Flamanville et des haubans du viaduc de Millau, il lui prend l’envie de changer de profession. Originaire de l’Aube, il se met à chercher une épicerie à reprendre dans le département voisin avant de revenir dans le coin. « J’avais envie d’être indépendant et de travailler pour moi-même, se souvient-il. Et puis je voulais rendre service aux gens, être à leur écoute ». Un objectif que l’on retrouve dans sa boutique. Ici le client est roi. Il décide d’ailleurs ce qu’il veut retrouver dans la boutique, il n’a qu’à en faire la demande auprès de l’épicier. « Dès que je prends un nouveau produit, je le fais tester aux clients et c’est eux qui choisissent s’il reste ou non », détaille David.

*les torons sont un assemblage de brins métalliques

Le lieu de vie du village

Dans ce petit commerce aux bocaux en verres parfaitement alignés sur les étagères et aux plaques et boîtes émaillées d’une célèbre marque alimentaire décorant les murs, ce sont les mêmes commandes qu’ailleurs en période de confinement. Une cliente vient chercher de la farine pour faire du pain ; une famille, du charbon pour allumer le premier barbecue de l’année ; un jeune couple des glaces et des bières pour un apéritif sur internet. Tous sont contents de se retrouver dans la file d’attente et d’échanger quelques mots. Parfois même, des clients sont obligés d’écourter la conversation au regard de la petite file d’attente qui se forme devant la boutique. Ce genre de scène fait doucement sourire David qui, masque jusqu’au bout du nez, désinfecte son comptoir entre chaque client. « L’épicerie, c’est le lieu de rencontre du village, sinon on ne verrait personne, confie une habitante de la petite commune. C’est un lieu de convivialité et encore plus pendant le confinement, même si on se tient éloignés entre clients, discuter ensemble ça nous permet d’avoir des nouvelles des familles des uns et des autres ».

Auteur.e.(s)

  • Toujours un oeil rivé sur la société et l’autre sur la politique. Fan du ballon rond et du petit écran.