Sous marinier : une vie de confiné

  • Par Félix Dorso
  • 4 mai 2020
Il a passé trente ans de sa vie sous l’eau, un ex-commandant de sous-marin analyse le confinement.

Illustration réalisée par © Sixtine

Il a passé trente ans de sa vie sous l’eau, un ex-commandant de sous-marin analyse le confinement.

Pour un sous-marinier, la période actuelle n’est pas une épreuve particulièrement difficile. « Quand mes amis me demandent comment ça va, je leur dis : mais écoutez, moi je suis en patrouille », plaisante l’amiral Dominique Salles, ex-commandant de sous-marins nucléaires. 

Mais la plupart des Français n’ont jamais mis les pieds dans un submersible. Dès le début du confinement, la psychologue Stéphany Orain-Pélissolo a créé la plateforme téléphonique « Covid Écoute », pour continuer à consulter ses patients. 50 % des gens qui l’appellent sont concernés par un syndrome dépressif ou un trouble anxieux, en lien avec la crise sanitaire. « Ils apparaissent chez les personnes seules, les gens qui sont dans des espaces très restreints et chez ceux qui ne supportent plus d’être séparés de leurs proches », explique-t-elle. 
Ce sont plus ou moins les conditions de vie à bord d’un sous-marin en plongée. 

Cohésion et respect 

Commandant dans la marine à la fin des années 1990, l’amiral Dominique Salles partait pour des missions de 70 jours sous l’eau. Même si ses hommes avaient choisi leur métier et savaient ce qui les attendait, il se rappelle de petits rituels pour maintenir une bonne ambiance à bord. « Je faisais en sorte que l’on ait des activités communes. Des concours de cartes, des séances de cinéma dans la cafétéria… », se remémore l’ex-commandant. Des activités qui permettent de renforcer la cohésion d’un équipage… ou d’une famille. Que l’on soit sous l’eau ou confiné en appartement, il est important de respecter l’intimité de chacun. « Si le rideau du lit d’un matelot est tiré, ou si la porte de la chambre d’un officier est fermée, c’est que l’individu veut être seul avec lui-même », résume l’amiral, comme s’il prononçait un mantra. 

Loin de leur famille, les sous-mariniers trouvent dans le « familygramme », une source de réconfort. Il s’agit d’un court message que le matelot reçoit en mer de la part de sa famille. « À l’époque ces 25 mots étaient comme un rayon de soleil », se souvient Dominique Salles. Une simplicité qui rend les « apéro skype » encore plus ridicules. « Au début du confinement, il y avait un grand engouement pour ces rendez-vous sur tablette ou téléphone portable. Mais les gens se sont vite lassés, parce qu’on se rend compte que rester une heure sur un écran entraîne plus de frustration qu’autre chose », analyse la psychologue Stéphany Orain-Pélissolo.

Enfin, l’incertitude et les hésitations du gouvernement autour du coronavirus n’arrangent pas les troubles psychologiques de certaines personnes confinées. « Nous savions que nous partions en mission pour 70 jours, rappelle Dominique Salles. Alors que le 11 mai, la date de sortie du confinement, peut très bien changer. » À l’instar de l’équipage de l’amiral, les Français ont besoin de décisions fermes et de clarté pour faire face à une situation de crise. 

Auteur.e.(s)

  • Journaliste et illustrateur, aime croquer et raconter la vie. Terreur des tatamis le mardi et le jeudi.