Le puzzle, pièce montante des jeux de société

  • Par Romane Pellen
  • 5 mai 2020

Illustration réalisée par © Sixtine

Ils prenaient la poussière au fond des placards ou n’étaient pas les plus populaires des rayons de jeux de société. Depuis le début du confinement, la tendance s’inverse et les puzzles prennent une revanche inattendue.

C’est un retour en force. Le puzzle séduit toujours autant les petits, mais il a regagné le coeur des grands. Stéphane a 47 ans. Depuis le début du confinement, le Suisse, adepte des 1 000 pièces, a déjà réalisé six puzzles. Telle une madeleine de Proust, avec ce jeu de patience, il s’accorde un voyage dans le passé. Une plongée dans son enfance. « J’en faisais quand j’étais gamin et puis ça m’est passé, se remémore Stéphane. C’est quelque chose de ludique qui prend du temps et qui fait aussi pas mal réfléchir. Ça change un peu d’internet et des tablettes. C’est une bonne occupation ! ».

Un amusement qui rencontre un franc succès. Stéphane, vit entre Genève et Lausanne, il a découvert un magasin local spécialisé dans le Valais, à environ 100 km de chez lui. Il raconte le parcours du combattant pour mettre la main sur un puzzle. « Ce n’est vraiment pas simple d’en trouver. Je me suis tourné vers les distributeurs locaux parce que dans les magasins il n’y en a pas ou bien ils sont fermés. En ligne c’est très compliqué aussi, parce que la demande est forte, confie le quadragénaire. Les grandes usines, comme Ravensburger, tournent à fond en Allemagne et ils ont du mal à alimenter tout le monde. »

De ringard à « must have »

Depuis le début du confinement, Ravensburger, leader du marché du puzzle avec 70% des parts, a observé 120% de demande supplémentaire. Des chiffres impressionnants qui avoisinent ceux réalisés en période de Noël. Au micro de France Inter, Laurent Cochet, directeur marketing de l’entreprise ne cache pas sa surprise : « Ça fait 20 ans que je travaille chez Ravensburger, je n’avais jamais vu ça. »

À l’image des claquettes-chaussettes, le puzzle est passé du rang de ringard à celui de « must have » (qu’il faut avoir). Il est aujourd’hui au centre de toutes les convoitises. Au Temple du jeu, magasin nantais spécialisé dans les jeux de société, les puzzles représentent 40 % de leur chiffre d’affaire depuis le confinement. « C’est ce que les gens demandent le plus en ce moment. Cela tient à plusieurs choses : le côté artistique, le côté occupation longue durée et le côté éducatif, le puzzle permet d’apprendre la patience, relève Romain, employé de la boutique. C’est un bon moyen aussi de se regrouper en famille autour d’un puzzle pour passer un petit moment ensemble en fin de journée. »

Une illustration réalisée par Camille Lazeyras ©

Un marché qui joue avec de nouvelles pièces

Indétrônable le puzzle 1 000 pièces règne en maître dans les rayons. La demande est forte pour ce casse-tête, accessible à tous les niveaux, qui tient sur une table. L’offre est elle aussi omniprésente. « C’est ce qu’on va trouver le plus, la grande majorité des puzzles fabriquée par les fournisseurs sont des 1 000 pièces », constate Romain. Ces derniers temps, le spécialiste des jeux de société voit sortir des puzzles dernière génération sur le marché. 

« Escape puzzles » inspirés du célèbre jeu d’évasion, qui mêlent énigmes et indices, ou encore, « Movie masters », puzzles qui reprennent un petit détail d’un film ou d’un dessin animé… Le jeu de patience se réinvente et se veut plus sexy. « Les puzzles traditionnels avec les paysages et les oeuvres d’art marchent toujours très bien, mais on a une demande aussi pour ce genre de puzzles “spéciaux”. Il y en a pour tous les goûts, c’est aussi cette diversité qui fait qu’il revient bien en force », conclut Romain. La mode, même celle du puzzle, est un éternel recommencement. 

Auteur.e.(s)

  • Une frange indomptable made in Brest animée par le terrain et les rencontres. Instinctivement penchée sur les sujets de société (mouvements sociaux, féminisme, police/justice…), j’aime raconter des histoires, celles des autres.