Les ondes ne connaissent pas le confinement

  • Par Etienne Cornec
  • 7 mai 2020

Illustration réalisée par ©Andréa Cagnon – @unicorslide

Malgré le confinement et la crise sanitaire, les radios associatives continuent d’émettre et se sont adaptées à la situation.

Allumez vos postes, vos autoradios, branchez vos écouteurs à vos smartphones et écoutez la radio frétiller dans vos oreilles. Les radios associatives émettent encore même si le confinement a quelque peu chamboulé leur organisation. En temps normal, elles fonctionnent avec des bénévoles, des services civiques et des salariés. En cette période de crise sanitaire, toutes les radios associatives ont dû s’adapter. « Malgré le confinement, on maintient un programme qui tient sur 24h/24 et 7 jours sur 7 avec nos moyens », explique Jean-Baptiste Cottrez, responsable d’antenne de Banquise FM, du Pas-de-Calais. Confinement oblige, la station a mis à disposition tout le matériel nécessaire (ordinateurs, tables de mixage, micros) à ses animateurs et présentateurs pour qu’ils puissent continuer à travailler depuis chez eux. « Certains de nos animateurs ont des home-studios. Cela nous permet d’enregistrer des émissions qu’on diffuse ultérieurement mais aussi des émissions en direct », précise le responsable de la station. Même son de cloche à Radio Campus Tours. « Du matériel a été mis à disposition par la radio, ajoute Mélissa Plet Wyckhuyse, responsable de l’antenne. J’ai pu faire quelques émissions en direct de mon salon ».

Des émissions maintenues et d’autres suspendues

Des émissions qui se sont adaptées en cette période particulière. A Radio Campus Tours, une grille des confinés a été mise en place pour compléter la programmation ordinaire. Notamment au niveau musical avec par exemple Radio Karantina : mix confinés de Beyrouth, une émission musicale avec des mélanges sonores venant du monde entier. « Certaines émissions ont réussi à produire de nouveaux contenus en respectant le confinement. Par exemple : Plan Séquence, une émission sur le cinéma, a été renommée pour l’occasion Plan Fixe », raconte Mélissa Plet Wyckhuyse. Une émission quotidienne y a aussi été créée à l’initiative de deux bénévoles. Son nom : En attendant que ça change à 11h30. Elle alterne entre billets d’humeur, coups de coeur, proposés par les bénévoles. On y trouve aussi des chroniques d’étudiantes de l’EPJT, l’école de journalisme de Tours. Avant le confinement, il y avait trois émissions quotidiennes diffusées sur cette fréquence. Elles ne sont plus que deux aujourd’hui. Même discours à Banquise FM : « Pour ceux qui n’ont pas la possibilité de faire du direct ou d’enregistrer, leurs émissions sont suspendues, indique Jean-Baptiste Cottrez, responsable d’antenne. Certains de nos bénévoles ont été malades. On n’a pas voulu prendre de risque ». Et les services civiques de ces radios associatives ont vu leur volontariat et leurs émissions suspendues.

Les rediffusions sont privilégiées

Les radios associatives comblent le manque en diffusant d’anciennes émissions. « Nous avons constaté que beaucoup de nos radios avaient des trous dans leur programmation, explique Émile Palmantier, coordinateur éditorial et médiatique à Radio Campus France. Pour combler ces trous, nous avons créé une zone de mutualisation des programmes avec des outils de partage afin que toutes nos stations puissent se les échanger ». Une plateforme déjà existante mais favorisée en cette période exceptionnelle.  « Comme les locales devaient combler leur programmation, elles étaient encore plus en demande de programmes à partager », constate Émile Palmantier. En plus de partager les programmes, le réseau Radio Campus met également en place des multiplex co-construits avec des membres des stations Radio Campus de toute la France. C’est-à-dire que pour une même émission, une journaliste de Poitiers peut travailler à distance avec un chroniqueur de Mulhouse et un technicien coordinateur de Lorraine. Des programmes que Radio Campus Tours ne se prive pas de mettre à l’antenne. « Je sélectionne des émissions produites par d’autres radios du réseau et je les diffuse quand nous avons des trous », confie Mélissa Plet Wyckhuyse, responsable d’antenne. En cette période, Radio Campus Tours reprend la matinale de la station dijonnaise de 8h à 9h du lundi au vendredi en cette période.

Une reprise de l’activité normale très différenciée

Si les radios associatives se sont très vite confinées, elles ne vont pas toutes reprendre une activité normale le 11 mai. « Nous nous sommes beaucoup concertés avec les radios campus de province, raconte Émile Palmantier. Mais elles sont indépendantes et elles ont pris la décision de se confiner toute seule. Pour le déconfinement, on a le même discours. On ne va pas imposer une date de reprise de l’activité à toutes les radios ». Le conseil d’administration de Radio Campus Tours a décidé d’arrêter le télétravail le 2 juin. En revanche, la date de reprise est différente à Banquise FM. « Nous ne reprendrons pas notre activité avant le 18 mai », indique Jean-Baptiste Cottrez. Une reprise qui se fera avec certaines règles. « Nous sommes en train de rédiger une sorte de “nouveau règlement intérieur” spécial Covid-19 avec des procédures particulières à adopter pour la reprise », précise le responsable d’antenne. « On ne s’interdit pas de faire reprendre nos bénévoles en septembre », ajoute-t-il. Un déconfinement qui pourrait être complexe avec l’achat de masques, gels hydroalcooliques, gants, charlottes pour protéger les micros, etc. Alors que des radios associatives ont prévu de reprendre leur activité normale dès la mi-mai et juin, d’autres ne reprendront pas avant le mois de septembre. 

Certaines radios craignent pour leur avenir

D’autant qu’une grande majorité de ces radios associatives sont partenaires de festivals d’été qui ont été annulés. « Cela a des conséquences sociales, pour Émile Palmantier. À travers ces partenariats, nous faisons découvrir des nouvelles musiques et ça ne pourra pas être possible cet été auprès de nos auditeurs ». Si la plupart sont non-lucratifs, ces annulations privent d’activités les radios associatives pour cet été. Un manque d’activité qui pourra avoir des répercussions sur leur avenir. Chaque année, elles doivent remplir un dossier au fond de soutien d’expression radiophonique, une branche du ministère de la Culture, qui leur permet de toucher des subventions en fonction de leur activité de l’année précédente. Cela représente une grande partie de leur financement ce qui les inquiète. « Notre activité est quasiment à l’arrêt, constate Jean-Baptiste Cottrez de Banquise FM. On ne pourra justifier ce qu’on n’a pas pu faire. Ces actions culturelles ne pourront pas apparaître sur le dossier. On craint le retour de bâton dû à l’arrêt de ces activités ». Les radios associatives doivent justifier leurs activités dans tous les domaines (culture, société, économie etc.), le tout en devant réaliser un nombre de reportage précis pour pouvoir toucher leurs subventions. S’il y a une réduction des activités, il y a donc un risque de diminution des subventions. « On aimerait que le ministère de la Culture nous dise qu’on a été contraint et forcé d’arrêter nos activités et que de fait, il se base sur le rapport de 2019 pour 2021. Cela pourrait permettre de sauver des radios associatives. » À l’heure actuelle, toutes les radios associatives n’ont pas déposé leur dossier. Mais confinement ou pas, elles essaieront toujours de continuer à faire vivre les ondes.

Auteur.e.(s)