Masques : de la pénurie à l’abondance

  • Par Laura Roudaut
  • 7 mai 2020
Masques : de la pénurie à l’abondance

Illustration réalisée par © Pilou Quillard – @pilou.illustrations

La réactivité des grandes surfaces à se fournir en masques, sur demande de l’Etat, interroge. Les chiffres astronomiques renseignés par les enseignes de la distribution font bondir les soignants qui les accusent notamment d’avoir caché leurs stocks de masques.

« Les pouvoirs publics nous demandaient de distribuer des masques chirurgicaux aux professionnels de santé en manque de masques, s’insurgeait au micro d’Europe 1, Gilles Bonnefond, président de l’Union syndicale des pharmaciens d’officine. On en distribue 18 par semaine pour les infirmiers et les médecins, 6 par semaine pour les kinés et les sage-femmes. On compte au masque près ! ». 

Alors que de nombreux soignants peinent encore à s’approvisionner en masques de protection de type « FFP2 », ce lundi les grandes surfaces ont mis en vente des millions de masques chirurgicaux jetables à destination du grand public. Dans une lettre ouverte publiée jeudi dernier, les présidents des ordres professionnels de la santé se sont alors étonnés de la capacité des acteurs de la grande distribution à mettre en vente des « chiffres sidérants » de masques. 

Une première enquête du média d’investigation Mediapart dénombre au moins 65 millions de masques chirurgicaux recueillis par les enseignes de la grande distribution. 

Des coffres forts de masques cachés ?  

« On passe d’une situation de quasi pénurie à une situation où, d’un coup, on voit les gens se ruer dans les magasins pour s’acheter des masques », souligne Alexis Chambon, assistant parlementaire de Nathalie Delattre, sénatrice centriste. Dès la mise en vente des masques au grand public lundi, l’élue de Gironde a demandé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire à Gérard Larcher, le président du Sénat. Le but ? Faire la lumière sur l’approvisionnement en masques des grandes surfaces. 

Les soignants accusent les enseignes de la grande distribution d’avoir caché leurs stocks de masques, au détriment du personnel médical en première ligne. C’est précisément ce qui interroge l’assistant parlementaire de la sénatrice : « Et si ces stocks étaient vraiment sur des plateformes ou dans les coffres forts des supermarchés, ça pose question. (…) On est quand même en droit de se demander pourquoi il y a autant de masques ? »  

« Les stocks de masques cachés n’ont jamais existé »

Du côté des distributeurs, « les stocks de masques cachés n’ont jamais existé », assure un communiqué de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) publié le 1er mai. L’organisation professionnelle regroupant la plupart des enseignes de la grande distribution y affirme notamment que les grandes surfaces « ont remis leurs stocks de masques FFP2 au monde de la santé, dès le début de la crise, et effectué de nombreux dons aux hôpitaux ». 

Le 24 avril, le gouvernement a demandé aux pharmaciens, buralistes et magasins de la grande distribution de vendre, à compter du 4 mai, des masques « grand public ». Avant cette date, les supermarchés n’en n’avaient pas l’autorisation. Selon le  directeur d’un supermarché, « les seuls masques dont disposaient les grandes surfaces étaient destinés à protéger nos salariés, comme les caissiers et caissières, qui sont en contact direct avec les clients ».

Pour la FDC, « les chiffres annoncés par les enseignes concernent les commandes effectuées, qui ne vont être livrées que très progressivement, avec une disponibilité plus rapide des masques à usage unique que des masques en tissu réutilisables. »

Une commission d’enquête parlementaire prévue fin juin

Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains, majoritaire au Sénat, a assuré sur Europe 1 qu’une commission d’enquête aurait bien lieu à partir de la fin du mois de juin sur « l’ensemble de la chronologie de la crise, à partir des premières révélations de la Chine jusqu’à la fin de la crise ». Comme son homologue de Gironde, Nathalie Delattre, le sénateur vendéen LR, souhaite que cette commission parlementaire permette de répondre à la question des masques, même si « le but premier n’était pas de polémiquer »

« On nous explique que la distribution des masques ne s’est pas faite du jour au lendemain, on le conçoit mais sur quel temporalité ? », se demande Alexis Chambon. Depuis l’annonce de la mise en vente de masques chirurgicaux par la grande distribution, la sénatrice Nathalie Delattre a été sollicitée par un certain nombre de personnels soignants et de pharmaciens. 

Au sein du groupe parlementaire du Mouvement Radical, la sénatrice Véronique Guillotin est aussi médecin. « Elle a mis son mandat sénatorial entre parenthèses ces dernières semaines. Elle travaille dans une clinique, dans le Grand Est », explique l’assistant parlementaire de Nathalie Delattre. La sénatrice de Meurthe-et-Moselle a confié à la sénatrice girondine avoir «  un certain nombre de remontée allant dans ce sens », celui des stocks de masques cachés. 

« Le personnel médical connaît ses stocks, ils ont été rationné, selon Alexis Chambon. Il y a des entreprises qui nous font remonter un certain nombre d’informations. La commission d’enquête fera la lumière. » 

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  • Passionnée par l’actualité des Amériques, en particulier latine, mais pas que. Je m’intéresse aussi aux questions société et à la vie politique française.