À Bagneux-la-fosse, un 8 mai silencieux…

  • Par Solenne Bertrand
  • 8 mai 2020

Illustration réalisée par © Manon Le Doran – @manon.ld

Ce vendredi matin dans le petit village aubois s’est tenue la cérémonie commémorative de l’armistice de 1945. Un hommage en comité réduit, situation sanitaire actuelle oblige. 

Les onze coups du clocher de l’église retentissent. C’est l’heure. Le caporal-chef du village dans sa tenue de pompier, drapeau tricolore en main, se place en tête du cortège qui se dirige vers le monument aux morts du village à deux pas de la mairie. Derrière lui, seuls trois adjoints au maire et la tête de liste élue au premier tour du scrutin des municipales du 15 mars sont présents. Conformément aux consignes gouvernementales, une cérémonie en comité restreint est maintenue, mais elle n’est pas ouverte au public. 2020 est une année particulière. La France devait célébrer le 75ème anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945, de nombreuses cérémonies étaient d’ailleurs prévues sur l’ensemble du territoire. Situation sanitaire actuelle oblige, cet hommage sera rendu dans le silence.

Une commémoration sans public, sans Marseillaise 

Une gerbe de pelargonium aux ombrelles rosées est déposée au pied du monument aux morts sur lequel il est inscrit dans la pierre, le nom des Bagnolais morts pour la France. Le caporal-chef pompier à droite du monument, les élus à gauche… Tout le monde connaît son placement et en cette cérémonie exceptionnelle, les mesures de distanciations et le silence inhabituel rappellent le contexte actuel. Le maire adjoint chargé du discours récite le message du Président de la République écrit à l’occasion de la commémoration de la victoire du 8 mai 1945. Des phrases qui, en ces derniers jours de confinement où « nous ne pouvons pas nous rassembler en nombre devant les monuments de nos villes, sur les places de nos villages », rappellent aux Français l’importance de se « souvenir ensemble » de leur Histoire. Le maire adjoint, chargé du discours, prend le temps de les réciter. Ses mots s’élèvent dans les airs d’un petit village où règnent habituellement le silence et le chant des oiseaux. Ils s’envolent jusqu’à la girouette du sommet du clocher de l’église, où à la Libération, « Coco », un jeune homme était monté au péril de sa vie ficeler le drapeau de la France. « Vive la République ! Vive la France ! », c’est avec cette formule politique traditionnelle que s’achève la lecture du message d’Emmanuel Macron. Cette année, pas de poèmes récités par les élèves du groupement scolaire du village, pas de Marseillaise chantée non plus, mais une minute de silence respectée. Elle met un terme à une cérémonie du 8 mai particulière, mais pas à la tradition de le célébrer.  

« Ne pas rompre la tradition » 

Après un dernier arrosoir versé à la gerbe de fleurs, les élus referment le portillon du monument aux morts pavoisé, pour la cérémonie, de six drapeaux tricolores. Hommage accompli pour les cinq habitants du village. « Nous ne voulions pas rompre la tradition, explique le maire adjoint. Le 8 mai est célébré de façon ininterrompue depuis 75 ans. Dans la mesure où les conditions de sécurité permettaient de la maintenir, il n’y avait pas de raison qu’on ne fasse pas la cérémonie. » Une autre tradition n’est pas rompue, celle de boire un verre de champagne après le défilé. Pendant ce verre, qu’ils boivent à plus d’un mètre les uns des autres, il ne faut pas attendre longtemps avant que la crise sanitaire actuelle refasse son apparition. La mairie a reçu une centaine de masques à distribuer à ses habitants. Distribuer d’abord aux personnes vulnérables ? Se répartir la distribution par rues ? Attendre la deuxième livraison de masques pour les distribuer à tous les habitants du village ? Le petit comité municipal réfléchit à leur distribution. Des habitants qui étaient prêts à braver le confinement pour venir à la cérémonie, si le maire adjoint n’avait pas discuté avec certains. « On a senti qu’ils étaient frustrés de ne pas participer », rapporte-t-il. Des dires confirmés par une petite mamie du village : « C’est vraiment dommage qu’on ne puisse pas venir ». Si elle a eu, en partie, la peau des célébrations du 8 mai, la crise sanitaire liée au coronavirus menace également la célébration d’autres fêtes traditionnelles, comme le 14 juillet. L’annulation de ces événements serait un nouveau coup dur pour les habitants du village, que ces trois dates rassemblent habituellement. 

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  • Toujours un oeil rivé sur la société et l’autre sur la politique. Fan du ballon rond et du petit écran.